Comme un avion sans ailes

Pour les 25 ans de la station de Luz Ardiden, La Dépêche publiait un article en date 27 février 1999. On y parlait déjà d’argent, de sommes colossales pour l’époque : 80 millions de francs de travaux (un peu plus de 12 millions d’euros).

Le journaliste donnait la parole au tout nouveau directeur de la station. Ce dernier, estimait qu’en faisant «jouer le désendettement et la fréquentation qui augmente», le tour pouvait être joué. Pour lui, la station était cataloguée «familiale», grâce à une «politique attractive en matière de tarifs».

Treize années plus tard, le bilan est pour le moins cinglant :

– les tarifs ont subi une augmentation supérieure à 145% depuis 1996, ce qui,du coup est moins attractif pour un budget familial,

– suite à un contrôle de la cours des comptes en 2007, il a été relevé que sur la période 2003 à 2006 (années de bon enneigement) « la régie a été dans l’incapacité de dégager la moindre épargne disponible et n’a, de ce fait, pu contribuer, sur ses ressources propres, ni au financement de ses investissements, ni à l’alimentation de son fonds de roulement, d’ailleurs devenu négatif » (rapport de la chambre régionale des comptes 2008),

Les dotations aux amortissements 2002, 2003, 2004 n’ont pas pris en compte les investissements de 8 M€,

On apprend aujourd’hui qu’il manque encore 700 000 € pour boucler le budget 2011 en sus de la cale financière de 1 500 000 € versée chaque année par les communes du SIVOM.

Si je peux me permettre une allégorie : nous sommes embarqués dans un avion pour lequel on avait refait, à très juste titre, la carlingue et les réservoirs à kérosène (débrayable Aulian, Béderet). Malheureusement quelques aménagements aussi superflues que coûteux (TS Cloze, Half pipe, etc.) ont changé les données de navigation. En plein vol, on nous dit qu’il n’y pas assez de carburant pour arriver à bon port. Le speaker annonce aux passagers que l’on va devoir se faire ravitailler en vol, qu’il va falloir régler la facture avec notre argent (augmentation de la cale financière des communes, ré-étalement de la dette). Eh oui, les passagers avaient laissé leurs cartes bancaires avec les codes au personnel naviguant.

Alors que l’avion n’a toujours pas atterri, un speaker annonce que le comité d’administration de la compagnie a décidé de nous associer avec un nouvelle flotte (N’Py) dont les appareils affiliés sont concurrents mais surtout plus jolis et attractifs que le notre (Tourmalet, Peyragudes, etc.) alors que le prix des billets est à peu près comparable.

Tout d’un coup, c’est la stupeur ! Par le hublot, je vois notre pilote sortir du cockpit à l’extérieur de l’avion, puis, par une acrobatie aérienne incroyable, il réussit à s’arrimer à un autre appareil de la flotte N’Py, rentre par la porte et se met à piloter l’autre avion (Cauterets). La chose est d’autant plus incroyable que ce même pilote répète l’opération dans les deux sens à intervalles plus ou moins réguliers. Toutefois, un passager très attentif me fait remarquer que le pilote passe moins de temps dans notre avion, environ 30% de son temps contre 70% pour l’autre.

La dernière intervention du speaker n’est pas là pour nous rassurer. Il vient de nous dire que nous avons un problème avec notre train d’atterrissage suite aux dernières turbulences (il manque 700 000 € pour boucler 2011). Toutefois, il nous dit que les membres du comité d’administration ont décidé d’emprunter des sommes jusque là inédites qui permettront dés la prochaine escale (si il y en a une), de construire une rampe de lancement pour aller sur la lune (remontée lourde).

Dans son rapport de 2008, le Président de la Chambre Régionale des Comptes M. BEAUD de BRIVE préconisait aux élus de s’inspirer d’une étude menée en 2006 par la Mission régionale d’Expertise Économique et Financière de Midi-Pyrénées (MEEF) qui suggérait : « un meilleur dimensionnement des installations et des services en rapport avec la fréquentation moyenne observée permettant d’optimiser le coût des prestations offertes aux skieurs et de réaliser ainsi des gains de productivité qui rendraient plus acceptable le niveau des charges d’exploitation comparé au chiffre d’affaires »

Les chiffres avancés par les responsables locaux dans les documents « promotionnels » de la remontée lourde semblent pourtant ne privilégier que les chiffres optimum, les seules pistes de travail se résument à « toujours plus ». A l’époque, la réponse des élus ne comportait que deux propositions : la création de lits supplémentaires en résidences de tourisme dans la vallée et, à plus long terme, un regroupement des stations de Luz-Ardiden et de Cauterets.

M. BEAUD de BRIVE avait alors répondu pour la deuxième solution qu’elle : « supposerait toutefois des investissements très lourds en terme d’infrastructures que les deux collectivités concernées ne semblent pas en mesure de supporter financièrement. »… « Pour sa part la chambre rappelle, que plutôt que de rechercher « à tout prix » (sic) une amélioration de la fréquentation en réalisant des investissements coûteux dont il n’est pas certain qu’ils auront un effet multiplicateur, il paraîtrait sans doute plus efficient, en partant du chiffre de fréquentation moyen actuel, d’obtenir des gains de productivité permettant de diminuer les charges de fonctionnement, en vue d’équilibrer durablement les comptes. »

L’entêtement des uns contre des personnes pourtant bien avisées, ne peuvent que nourrir notre inquiétude. Ceci me rappelle les paroles d’une belle chanson de Charles Élie COUTURE ‘Comme Un Avion Sans Ailes’ : « Même si j’peux pas m’envoler, J’irai jusqu’au bout, Oh oui, je veux jouer, Même sans les atouts ».

J. LURIE

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