Il est dur de gagner son pain

« Echocitoyen s’interroge de l’intrusion de concurrences externes au pays Toy illustrées par un courrier reçu dans toutes les boîtes aux lettres des hôtels, restaurants ou centres de vacances du canton. Voici la réflexion qu’un de nos membres actifs souhaite vous faire partager : »

Toutes les boîtes aux lettres des socioprofessionnels du tourisme du canton viennent de recevoir spontanément une lettre de proposition tarifaire pour des produits de boulangerie et viennoiserie d’un professionnel de Lourdes. A première vue, cette initiative inédite permet de remettre en saine concurrence un secteur d’activité sur le canton pour lequel il n’y a plus guère beaucoup de personnes en mesure de concourir.

En regardant de plus près, cette offre assure et affiche un service incroyable de livraison 7 jours sur 7 toute l’année. Mais, le plus intéressant arrive avec des tarifs hors taxes qui, selon les produits, sont de 12,5 à 32 % moins chers que nos boulangers locaux et en faisant au minimum plus de 60km par jours en plus.

A la condition que les produits soient à la hauteur de ceux fabriqués par nos deux artisans locaux, voilà une opportunité fort intéressante pour tous les socio-professionnels d’opérer une économie substantielle.

Ceci dit, me considérant comme citoyen inséré dans un tissu social et ayant établi des liens avec les gens du coin, je me pose la question de savoir quel est mon intérêt de voir peut-être péricliter ou disparaître un commerce de plus dans la vallée ?

Ce qui m’enrichit de prime abord, ne m’appauvrit-il pas au bout du compte ? Que deviendront les emplois locaux perdus ? Que sera le devenir des écoles avec des couples en moins ? Les pertes fiscales pour les collectivités locales seront-elles compensées ?

Je n’ose imaginer que les élus locaux se réjouissent de cette tentative de dumping de l’activité économique locale, mais bon, c’est la loi du marché, l’offre et la demande, c’est comme ça, nous dira-t-on.

Cependant, ce qu’il faut avoir à l’esprit et qui est moins réjouissant, c’est que ce fournisseur est entré en pays Toy par le marché de fourniture de la boulangerie pour le SIVOM de l’Ardiden dont il est titulaire. Ce marché est sensé respecter les règles de la commande publique ce qui oblige à : la liberté d’accès à la commande publique, l’égalité de traitement des candidats, la transparence des procédures, cela implique une procédure rendue publique, conforme aux règles de la concurrence, sans localisme géographique ni favoritisme.

Pour le dernier point, il est clair que ce marché paraît conforme.

Toutefois, l’attribution d’un marché doit se faire en fonction de critères d’attribution objectifs qui doivent clairement être mentionnés, le prix en étant un critère important mais pas forcément primordial. On peut ainsi introduire des critères de délais d’approvisionnement, de disponibilité, de qualité, etc. Rappelons qu’il s’agit d’attribuer le marché au mieux-disant et non au moins-disant. Sommes-nous dans ce cas ?

Une autre précaution, qui se trouve à l’article 55 du code du marché public, précise que si une offre paraît anormalement basse, le pouvoir adjudicateur peut la rejeter par décision motivée après avoir demandé par écrit les précisions qu’il juge utiles et vérifier les justifications fournies. Y a-t-il eu une telle procédure quand tout porte à croire que nous sommes bien dans cette configuration ?

Maintenant que cet acteur cherche à faire parti de notre paysage, intéressons-nous à lui : qu’est-ce qui motive un boulanger à venir de si loin de ses fourneaux pour nous vendre son pain ?

Il est facilement compréhensible d’entrevoir que puisqu’il mobilise un véhicule pour livrer en montagne à Luz Ardiden à plus de 45km de ses bases, autant trouver d’autres clients au passage, c’est compréhensible.

En regardant les comptes de cette société, il apparaît au grand jour qu’elle affiche -75% de résultat net sur 12 mois (entre mars 2009 et mars 2010) pour un niveau d’endettement financier de 267% en 2010, et là, on comprend mieux l’empressement à se refaire une clientèle et des volumes de vente. La question est de savoir si le bassin de consommateurs de boulangerie en pays Toy doit servir à renflouer une entreprise lourdaise au détriment de notre activité locale.

Je ne connais pas quelle est l’ampleur de l’économie réalisée par le SIVOM sur le lot boulangerie, ça ne doit pas aller chercher bien loin, gageons toutefois que les Toys regretteraient moins l’argent donnée à une entreprise locale que celui donné aux actionnaires de N’Py, mais ça, c’est une autre histoire.

J. LURIE

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3 réflexions au sujet de « Il est dur de gagner son pain »

  1. Tenir un commerce en région de montagne comme chez nous n’est pas chose facile.
    Tout semble concourir à ce que les charges s’accumulent :
    – les impôts locaux pas forcément incitatifs,
    – les charges de personnel, quand un boulanger est payé 1200€ en plaine, il faut plutôt tabler sur 1800€ décider un jeune de s’installer chez nous,
    – les charges liées au transport forcément plus importantes du fait de l’éloignement des approvisionnements.
    – une saisonnalité qui induit des pertes de rentabilité sur des périodes creuses avec pourtant des charges fixes.

    Le maintien de la vie au sein de nos villages peut tenir à peu de choses, imaginons qu’il n’y ait plus de livraisons de fruits et légumes, ou de tournées du boulanger. Une aide au maintien à domicile pour des personnes âgées, c’est pour le moins un service au public,.

    De la démocratie participative, de la négociation et de la communication entre les parties naîtra des échanges qui conduira à renforcer les solidarités locales tout en restant dans le cadre légal des marchés publics. La lettre des élus aux commerçants, si justifiée soit-elle, participe-t-elle de ces principes ?

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