Le pays Toy : Quèsaco?

Marketing : Science qui consiste à concevoir l’offre d’un produit en fonction de l’analyse des attentes des consommateurs et en tenant compte des capacités de l’entreprise ainsi que de toutes les contraintes de l’environnement dans lequel elle évolue (L’encyclopédie du marketing)

Le marketing  s’inscrit de nos jours comme une démarche préalable qui s’impose à tous projets sérieux de développement, industriels, touristiques, commerciaux. Il inclus dans sa démarche  l’Etude de Marché qui permet
de recueillir les informations qui permettent de mieux connaitre l’objectif convoité du projet (juridique, politique, social, règlementaire, économique, culturel….).

L’ETUDE D’UNITE TOURISTIQUE NOUVELLE réalisée par le bureau DIANEIGE pour le compte du SIVOM de l’ARDIDEN nous confirme  bien que l’équilibre économique de ce projet, intégrant l’investissement de la remontée lourde entre la vallée et la station de Luz-Ardiden, ainsi que le surcout généré par l’exploitation de ce nouvel équipement, ne peut être obtenu que par le maintient ou la variation des 3 paramètres suivants :

  • Maintient de la subvention d’équilibre des
    communes du SIVOM à un niveau élevé (1 500 000 € minimum)
  • Augmentation très sensible de la tarification
    des remontées mécaniques
  • Augmentation non moins sensible de la
    fréquentation exprimée en journées skieurs (66 000)

Le tout conduisant à un quasi doublement du chiffre d’affaires de la station

Si les explications données pour  l’augmentation de la tarification me paraissent suffisantes en l’état, bien que surréalistes, force est de constater  qu’il  n’en est pas de même pour l’évolution de la fréquentation. Cette partie de l’étude a été complètement négligée, probablement pour ne pas compromettre la faisabilité de ce projet, porté par des élus obsédés  par le tout ski.  Elle se résume à la simple citation de 3 objectifs et à un sondage effectué sur la clientèle de Luz par le cabinet Contours, le tout sur une seule page en 14 lignes.

Ce volet, essentiel pour l’augmentation des recettes aurait mérité, compte tenu notamment de la situation économique actuelle, de s’appuyer sur une étude de marché sérieuse et approfondie, réalisée obligatoirement dans un souci d’objectivité, par un cabinet indépendant. Comme il n’en est rien et que le gisement potentiel des nouveaux clients est complètement illisible à ce jour, je ne vois pas où et comment nous pourrons aller chercher ces 66000 journées skieurs escomptées.

L »extrême  légèreté avec laquelle cette composante de l’étude est traitée me préoccupe au plus haut point pour les raisons suivantes :

  • Le monde, l’Europe, la France traversent  une crise financière sans précédent, dont personne n’est capable aujourd’hui de fixer l’ampleur et l’issue, mais dont tout le monde sait avec certitude quelle a et quelle aura encore pour  longtemps des effets négatifs sur le pouvoir d’achat de la clientèle potentielle des stations de ski. L’Espagne qui fournit aux  stations pyrénéennes  un très fort contingent de leur clientèle est plus particulièrement touchée par cette crise.

Quel sera l’impact de cette crise sur la fréquentation des stations ?                                            

  • La pratique du ski, sport particulièrement onéreux, est partout en régression. Les français et les européens ne vont plus aux sports d’hiver mais en vacances à la neige et un vacancier sur trois ne fait pas de ski.

Que prévoyons-nous pour eux ?

  • Les habitudes changent. Le tout ski n’est plus à la mode, les vacanciers d’hiver veulent diversifier leurs activités et privilégient  les ½ journées ski pour pouvoir faire autre chose, d’où diminution des recettes pour les stations.

De combien ?

  • L’étude Dianeige nous précise que le prix moyen de la journée skieur, avec la remontée lourde, devrait passer de 17€ en 2011 à prés de 23€ en 2014(+ 35%) et à 30€ en 2023(+76%) alors que dans le même temps le revenu moyen des ménages ne devrait pas dépasser au mieux 6% en 2014 et 24% en 2023.

Combien de clients qui n’auront plus les moyens d’aller au ski allons-nous perdre ?

  • Quel sera dans le futur l’impact du réchauffement climatique que personne non plus ne peut nier. Comme beaucoup de skieurs luzéens de ma génération, j’ai appris à faire du ski dans les prés « d’oumet » et des « Ubats » et la descente des pistes de l’Ayré ‘ s’arrêtait devant la gare de départ du funiculaire, au centre de Barèges. Où en somme nous 60 ans plus tard ? Bien sûr il y a maintenant la neige de culture, mais la production de cet or blanc demande beaucoup d’énergie électrique qui devrait augmenter, suivant les économistes, de prés de 25% dans les 5 années à venir. Sans compter que la ressource en eau qui semblait inépuisable jusque là, pourrait un jour nous faire défaut.

Quel impact sur le coût de fonctionnement des stations et sur les prix des journées skieurs ?

  • Le fait que Cauterets disposera avec un accès direct à Luz-Ardiden d’un deuxième stade de neige est susceptible de rendre cette destination beaucoup plus attrayante  que celle de Luz. Les clients de Cauterets auront en effet le choix entre les 2 sites en partant du centre du village, alors que ceux de Luz devront se contenter de l’Ardiden, avec une gare de départ située à 3 km  de la place du 8 mai. Si le différentiel de prix n’est pas sensible, ne risquons nous pas là aussi de voir une partie de notre clientèle opter pour cette destination, dont les infrastructures de fond de vallée sont capables de vous faire oublier le désagrément des jours ou les conditions climatiques ne permettent pas de skier. (piscine couverte, vrai patinoire, équipements thermo-ludiques, salle de jeux, médiathèque, parking pour camping-cars …..)

 Là aussi combien de clients allons nous perdre ?

J’aurais aimé que cette étude et en particulier son volet marketing dissipe mes inquiétudes sur ces différents points. A défaut et comme le marché potentiel des skieurs n’est pas extensible mais au contraire en régression, j’émets 3 hypothèses :

  1. Comme je l’ai dit plus haut cette étude  de marché a bien été faite, mais pour ne pas plomber le projet le résultat demeure super confidentiel.
  2. Aucune étude de ce genre n’a été diligentée (très forte probabilité) et nous pouvons alors nous préparer à sauter du pont Napoléon mais……sans élastique!
  3. Compte tenu du positionnement de la gare de départ à Larise avec son rond-point ralentisseur, les porteurs du projet estiment que cette étude est inutile. Ils comptent bien récupérer la plus grande partie des 66000 journées skieurs supplémentaires sur la clientèle de passage en route pour Barèges et Gavarnie. A  la place des responsables de ces 2 stations je me ferai quelques soucis.

Troisième hypothèse impossible me direz vous, les porteurs du projet se disent trop respectueux du canton, de la solidarité des communes, du Pays-Toy.

Et pourtant il me semble déjà lire leur réponse dans la petite bulle qui flotte au dessus de leurs têtes:

 JJ PUJO
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3 réflexions au sujet de « Le pays Toy : Quèsaco? »

  1. Super billet JJ. On m’en avait parlé, en bien, je suis venu voir. Ce que tu présentes est d’autant plus inquiétant que les prévisionnels d’augmentation de fréquentation des deux derniers projets dianeige ne se sont jamais réalisés. A chaque dépense d’infrastructure de ces dernières années Dianeige est venu prédire une augmentation de fréquentation qui ne s’est jamais matèrialisée… pourquoi est ce que ça serait différent ce coup ci?

  2. a vous lire ,il semblerait que Luz à tout à perdre dans le projet (ce que nous croyons ) ,et Cauterets
    tout à gagner(ce que nous ne croyons pas ),je vous invite à relire notre blog de Cauterets devenir ,et
    je pense que vous trouverez toutes les raisons qui nous conduisent à penser que ce projet n’est bon
    ni d’un côté du col de riou ,ni de l’autre
    -d’un point de vue environnemental
    -d’un point de vue technique
    -d’un point de vue économique
    Je vous souhaite bonne lecture ,et suis prêt bien entendu ,à en reparler avec vous ensuite
    jean pierre Florence (cauterets devenir)

  3. Un projet s’analyse dans un contexte donné,en fonction de paramètres aussi divers que l’avenir que l’on souhaite écrire,les priorités à définir , l’économie locale et globale,l’impact sur l’environnement…et de ce point de vue,on ne peut que comprendre les réserves de jean-pierre .
    Pourtant,si les inquiétudes financières sur ce projet sont proportionnelles au degré d’endettement des communes qui le portent, alors oui en effet , nous sommes en droit d’être encore plus inquiets que vous !
    Néanmoins, s’il y a un domaine qui nous place à EGALITE, c’est que ce sont ces mêmes bureaux d’étude qui nous ont mis ,nous, à luz, dans cette situation catastophique qui travaillent aussi pour vous à cette heure. De ce point de vue, nous avons autant de souci à nous faire des 2 cotés du col !!!
    L’essentiel, en ce qui me concerne, est la convergence de nos points de vue qui nous renforce les uns les autres,qui nous permet de créer le débat, les doutes, le questionnement des consciences.
    Nos démarches et notre réflexion communes nous donnent du poids, et si CAUTERETS ET LUZ doivent être perdants avec ce projet, peu importe qui le sera le plus!
    Annie SAGNES

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